Ce qu'est un enregistrement MX
Un enregistrement MX, pour Mail eXchanger, est une ligne dans la zone DNS de votre nom de domaine. Il indique à Internet quel serveur reçoit le courrier envoyé à votre domaine. Quand quelqu'un écrit à contact@votredomaine.fr, son serveur d'envoi interroge le DNS, lit vos enregistrements MX et sait alors vers quelle machine livrer le message.
Un domaine peut posséder plusieurs enregistrements MX. Chacun porte une priorité, un nombre qui indique l'ordre dans lequel les serveurs doivent être contactés. Le chiffre le plus bas est essayé en premier. C'est ce mécanisme qui permet de faire cohabiter deux configurations le temps d'une bascule, et donc de changer de serveur sans jamais couper la réception.
Il faut bien distinguer trois choses souvent confondues. L'enregistrement MX désigne le serveur qui reçoit. Il ne dit rien de l'endroit où sont stockées vos boîtes, ni du logiciel avec lequel vous consultez votre courrier. Changer un MX ne touche donc ni votre adresse, ni vos messages archivés, ni votre client de messagerie : cela ne fait que rediriger le point d'entrée du courrier entrant.
Où se modifie votre zone DNS
C'est l'étape qui bloque le plus souvent, avant même toute modification : savoir où agir. La zone DNS d'un domaine n'est pas forcément gérée là où vous relevez votre courrier. Trois acteurs peuvent être en jeu, parfois distincts, parfois confondus.
- Le bureau d'enregistrement est l'entreprise chez qui le nom de domaine a été acheté. C'est très souvent lui qui héberge la zone DNS par défaut, et donc lui chez qui se modifient les MX.
- L'hébergeur de la zone DNS peut être un tiers si vous avez délégué la gestion DNS ailleurs, par exemple vers un service spécialisé. Dans ce cas, les modifications se font chez ce tiers, pas chez le bureau d'enregistrement.
- L'hébergeur de messagerie est celui qui stocke vos boîtes et vous fournit le webmail. Il peut être encore différent des deux précédents.
Pour savoir qui héberge réellement votre zone, il suffit de regarder les serveurs de noms, ou NS, de votre domaine. Ce sont eux qui font autorité, et c'est chez leur gestionnaire que vos MX se modifient. En cas de doute, une requête dig votredomaine.fr NS +short vous donne la réponse en une ligne.
Pourquoi la manipulation fait peur
Modifier ses MX est l'opération DNS qui inquiète le plus, et pour une raison légitime : une erreur ne se voit pas immédiatement. Contrairement à un site web qui tombe et que l'on remarque tout de suite, un enregistrement MX mal configuré laisse tout fonctionner en apparence. Les messages continuent de partir, l'interface reste accessible, mais le courrier entrant se met à disparaître silencieusement ou à revenir en erreur chez les expéditeurs.
La bonne nouvelle, c'est que le DNS a été conçu pour ce genre de transition. En respectant l'ordre des opérations et en surveillant les bons signaux, la bascule se fait sans perte. Le reste de ce guide décrit précisément cet ordre.
Avant de commencer
Trois vérifications avant toute modification. Elles prennent cinq minutes et évitent la quasi-totalité des incidents.
- Notez votre configuration actuelle. Relevez vos enregistrements MX existants, avec leur priorité exacte, et gardez-en une copie. C'est votre point de retour en cas de problème.
- Repérez où se modifie votre zone DNS. Comme vu à la section précédente, ce n'est pas forcément là où vous relevez votre courrier. Identifiez le bon gestionnaire avant de chercher où cliquer.
- Abaissez le TTL à l'avance. Le TTL, ou durée de vie, indique combien de temps un enregistrement reste en cache. Si vous pouvez le réduire à 300 secondes la veille de l'opération, une éventuelle correction se propagera en quelques minutes au lieu de plusieurs heures.
En ligne de commande, dig votredomaine.fr MX +short sous Linux ou macOS, ou nslookup -type=mx votredomaine.fr sous Windows, affiche vos enregistrements en vigueur. Sans terminal, un vérificateur MX en ligne fait la même chose depuis votre navigateur.
La méthode, étape par étape
La logique tient en une phrase : on ajoute le nouveau avant de retirer l'ancien, et on ne retire l'ancien qu'une fois certain que le nouveau reçoit bien le courrier.
Récupérez les enregistrements du nouveau service
Votre nouvel hébergeur de messagerie, ou votre passerelle de filtrage, vous fournit un ou plusieurs enregistrements MX à ajouter, avec leur priorité. Notez-les exactement tels qu'ils sont donnés, y compris le point final éventuel sur le nom du serveur.
Ajoutez les nouveaux MX avec une priorité prioritaire
Dans votre zone DNS, créez les nouveaux enregistrements en leur donnant une priorité inférieure à celle de vos MX actuels, donc un chiffre plus bas. Les nouveaux serveurs deviennent ainsi le premier point de livraison, tout en gardant les anciens en secours. À ce stade, vous n'avez encore rien supprimé.
| Type | Priorité | Valeur | TTL |
|---|---|---|---|
| MX | 10 | mx1.nouveau-service.fr. | 300 |
| MX | 20 | mx2.nouveau-service.fr. | 300 |
| MX | 50 | ancien-mail.exemple.fr. | 300 |
Attendez la propagation, puis testez la réception
Laissez passer le délai de propagation, puis envoyez un message de test depuis une adresse externe, par exemple un webmail personnel. Vérifiez qu'il arrive bien dans la boîte servie par le nouveau système. Envoyez-en plusieurs, depuis des fournisseurs différents, pour être sûr.
Retirez l'ancien enregistrement
Une fois la réception confirmée sur le nouveau service pendant au moins vingt-quatre à quarante-huit heures, supprimez l'ancien enregistrement MX. Ce délai laisse le temps aux serveurs qui avaient encore l'ancienne configuration en cache de basculer. Remontez ensuite le TTL à une valeur normale, une heure ou plus.
Retirer l'ancien enregistrement avant d'avoir confirmé que le nouveau fonctionne est la cause numéro un de perte de courrier. Pendant le temps de propagation, une partie des expéditeurs verrait un domaine sans aucun MX valide et leurs messages repartiraient en erreur. L'ordre ajouter puis vérifier puis retirer n'est pas une précaution facultative.
Comprendre la priorité MX
La priorité est un simple nombre entier. Plus il est bas, plus le serveur est prioritaire. Un expéditeur tente d'abord le MX de priorité la plus basse ; s'il ne répond pas, il essaie le suivant, et ainsi de suite. Les valeurs elles-mêmes n'ont pas d'importance absolue, seul leur ordre relatif compte : 10 et 20 produisent le même comportement que 5 et 15.
Pendant une bascule, cette mécanique est votre filet de sécurité. En plaçant le nouveau serveur en priorité basse et l'ancien en priorité haute, vous dirigez le courrier vers le nouveau tout en gardant l'ancien capable de recevoir si le nouveau venait à ne pas répondre. Une fois la transition validée, il ne doit rester que les enregistrements du service définitif.
Un point de vigilance sur les valeurs égales : deux MX de même priorité se partagent le courrier de façon équilibrée. Ce n'est pas ce que vous voulez pendant une bascule, où l'objectif est au contraire de diriger clairement vers un serveur précis. Gardez donc des priorités distinctes tant que la transition n'est pas terminée.
Le délai de propagation
Quand vous modifiez un enregistrement, le changement n'est pas instantané partout dans le monde. Chaque serveur DNS conserve l'ancienne valeur jusqu'à l'expiration du TTL. Si votre TTL était réglé sur 3600 secondes, certains serveurs peuvent continuer à utiliser l'ancienne configuration pendant une heure après votre modification.
C'est pourquoi abaisser le TTL avant l'opération est si utile : cela raccourcit la fenêtre pendant laquelle d'anciennes et de nouvelles informations coexistent. Dans les faits, comptez de quelques minutes à quelques heures pour une propagation complète. La notion de propagation « mondiale » en 24 à 48 heures que l'on lit parfois concerne les changements de serveurs de noms, pas une simple modification de MX à l'intérieur d'une zone existante : celle-ci est bien plus rapide.
Vérifier concrètement la propagation
Ne vous fiez pas au seul affichage de votre interface d'administration : elle montre ce que vous venez de saisir, pas ce que le reste du monde voit. Pour contrôler l'état réel, interrogez directement le DNS.
Tant que la commande renvoie encore l'ancien serveur, la propagation n'est pas terminée pour vous. Pour vérifier depuis plusieurs régions du monde en même temps, un outil de vérification MX en ligne interroge des résolveurs répartis et vous indique quand la nouvelle configuration est visible partout. C'est le signal qui autorise à passer à l'étape de retrait de l'ancien enregistrement.
MX, SPF et sous-domaines
Changer de serveur de réception amène souvent à revoir deux autres points de la zone, qu'il vaut mieux anticiper.
Le SPF de l'expéditeur
Si votre nouveau service envoie aussi du courrier en votre nom, son adresse d'envoi doit être autorisée dans votre enregistrement SPF. Un MX correct sans SPF à jour peut suffire à recevoir, mais dégradera l'acheminement de vos propres messages sortants. La configuration MX et l'authentification de l'expéditeur sont deux sujets liés, détaillés dans notre guide complet SPF, DKIM et DMARC.
Le courrier sur un sous-domaine
Les enregistrements MX peuvent s'appliquer à un sous-domaine, par exemple mail.votredomaine.fr, indépendamment du domaine principal. Si vous gérez du courrier sur un sous-domaine, vérifiez que vous modifiez bien la ligne correspondante, et non celle du domaine racine. C'est une source classique de confusion quand plusieurs services coexistent.
Changer ses MX, c'est justement l'opération qui permet d'intercaler un filtrage en amont de votre messagerie. AntiSpammeur se place devant votre boîte existante : vos MX pointent vers nos serveurs, qui analysent chaque message et transmettent le courrier légitime vers votre hébergeur actuel. Aucune migration, aucun changement d'adresse.
Voir comment fonctionne le filtrage →Revenir en arrière
Si quelque chose ne se passe pas comme prévu, le retour arrière est simple précisément parce que vous avez conservé votre configuration d'origine à l'étape des préparatifs. Il suffit de restaurer les anciens enregistrements MX à leur priorité initiale et de retirer les nouveaux. Grâce au TTL abaissé, la correction se propage en quelques minutes.
C'est la raison pour laquelle on ne saute jamais l'étape du relevé initial : sans copie de l'ancienne configuration, un retour arrière devient une reconstitution de mémoire, sous pression, au mauvais moment.
Les erreurs fréquentes
| Erreur | Conséquence | Correction |
|---|---|---|
| Ancien enregistrement laissé en place | Une partie du courrier continue d'arriver sur l'ancien serveur, où plus personne ne le relève | Supprimer l'ancien MX une fois la bascule confirmée |
| Priorité inversée | Le courrier part vers le serveur que vous vouliez retirer | Vérifier que le nouveau service porte le chiffre le plus bas |
| TTL trop long | Toute correction met des heures à se propager | Abaisser le TTL la veille de l'opération |
| MX proxifié chez Cloudflare | Le nuage orange casse la livraison : un MX ne se proxifie jamais | Passer l'enregistrement en nuage gris, DNS seul |
| Point final oublié sur le nom du serveur | Le nom est interprété comme relatif à votre domaine et devient invalide | Reprendre la valeur exactement comme fournie par le service |
| Enregistrement A ou adresse IP à la place d'un nom | Un MX doit pointer vers un nom d'hôte, jamais vers une adresse IP directe | Utiliser le nom de serveur fourni, résolu par ailleurs en A ou AAAA |
La procédure selon votre hébergeur
Le principe est identique partout, mais l'emplacement du réglage et le vocabulaire de l'interface changent d'un hébergeur à l'autre. Nous avons détaillé la manipulation, captures à l'appui, pour les principaux fournisseurs francophones. Choisissez le vôtre :
- Configurer ses MX chez OVHcloud
- Configurer ses MX chez Ionos
- Configurer ses MX chez Infomaniak
- Configurer ses MX chez Gandi
- Configurer ses MX sur Microsoft 365
- Configurer ses MX sur Google Workspace
- Configurer ses MX chez Cloudflare
Glossaire
| Terme | Définition |
|---|---|
| MX | Enregistrement DNS désignant le serveur qui reçoit le courrier d'un domaine. |
| Priorité | Nombre entier associé à chaque MX : le plus bas est essayé en premier. |
| TTL | Durée pendant laquelle un enregistrement reste en cache avant d'être réinterrogé. |
| Propagation | Temps nécessaire pour qu'une modification soit visible par tous les serveurs DNS. |
| Zone DNS | Ensemble des enregistrements d'un domaine, géré par le service qui fait autorité. |
| NS | Serveurs de noms faisant autorité sur la zone : c'est chez leur gestionnaire que l'on modifie les MX. |
Questions fréquentes
Vais-je perdre des emails pendant le changement ?
Non, si vous respectez l'ordre. En ajoutant les nouveaux MX avant de retirer les anciens, le courrier reste toujours livrable pendant toute la propagation. La perte ne survient que lorsqu'on supprime l'ancien enregistrement trop tôt, avant que le nouveau soit confirmé.
Combien de temps prend la propagation DNS ?
De quelques minutes à quelques heures, selon le TTL configuré avant la modification. Un TTL abaissé à 300 secondes la veille réduit fortement ce délai. Un vérificateur MX interrogé depuis plusieurs régions confirme quand la nouvelle configuration est visible partout.
Dois-je changer mon adresse email ou migrer mes messages ?
Non. Modifier les MX ne touche ni votre adresse, ni votre logiciel de messagerie, ni vos messages archivés. Seul le chemin d'acheminement du courrier entrant change. Vos anciens messages restent là où ils sont.
Où se modifient exactement mes enregistrements MX ?
Chez le gestionnaire de votre zone DNS, qui fait autorité sur le domaine. C'est souvent votre bureau d'enregistrement, mais pas toujours. Une requête sur les serveurs de noms de votre domaine vous indique où agir.
Puis-je garder deux services en même temps ?
Temporairement, oui, c'est même le principe de la bascule progressive via les priorités. En régime définitif, en revanche, il vaut mieux ne conserver que les MX du service actif, pour éviter que du courrier atterrisse sur un serveur que vous ne surveillez plus.
Que faire si le courrier n'arrive plus après le changement ?
Restaurez vos anciens enregistrements MX à leur priorité d'origine, à partir de la copie relevée avant l'opération. Grâce au TTL abaissé, le retour arrière se propage en quelques minutes. Reprenez ensuite la procédure calmement, en vérifiant chaque valeur.
Changer ses MX proprement, c'est d'abord une question d'ordre : ajouter, vérifier, puis seulement retirer. Une fois cette bascule maîtrisée, elle ouvre la porte à toutes les configurations de messagerie, du changement d'hébergeur à la mise en place d'un filtrage en amont.